Comme des biches traquées…

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    Mercredi, nous avons fêté le 2e anniversaire de Maïa, une petite Algérienne résidant dans un foyer de l’Etablissement vaudois pour l’accueil des migrants (EVAM). Ce moment de convivialité a inspiré un texte à l’une d’entre nous :

    “Sant’Egidio…. Saint Gilles en français. On ne sait pas grand -chose de lui, mais tant pis. Le plus important, c’est une légende qui date du Xe siècle :  une biche qui se sauve dans la forêt, affolée par les tirs des chasseurs. Elle distingue soudain  l’ermite Gilles, devant sa grotte, et hop ! D’un bond , elle s’élance  et   se réfugie  sur  les  genoux  de l’homme solitaire. Il  referme ses bras sur elle pour la protéger. Et c’est alors qu’une flèche des chasseurs atteint le dos d’ une de ses mains et la transperce.  La biche est sauve…

    Nous,  on voudrait bien être  les  mains de Sant’ Egidio lorsqu’on rencontre  les requérants d’asile de l’EVAM (Etablissement vaudois pour l’accueil des migrants) à Vennes, au-dessus de Lausanne, qui n’ont droit à rien, si ce n’est à l’aide d’urgence, en attendant un plan de vol qui les renverra chez eux.

    Or chez eux, ils ne veulent à aucun prix y retourner, même si leur pays n’est pas  correctement  en guerre, comme il faudrait,  pour qu’ils aient une chance de rester en Suisse.  Pour certains, cela fait très longtemps qu’ils sont comme des biches traquées :  8 ans, 9 ans, 12 ans. C’est fatiguant,  physiquement bien sûr, mais aussi moralement, mentalement. Alors ils sont comme les biches dans les bois :  ils font des erreurs de trajectoire, zigzaguent de travers,  se trompent de jour, de papier, de phrase à dire ou à ne pas dire.  Les chasseurs, eux, on  dirait qu’ils ne sont jamais fatigués.

    On pense: 8 ans, 9 ans, 12 ans…. on pourrait pas en finir maintenant, avec cette urgence ? Un peu de français, un peu de travail, et hop ! La biche pourrait s’arrêter, reprendre son souffle, et  surtout, se remettre à espérer.

    En attendant, on est monté l’autre soir à Vennes, et on a mangé un grand gâteau très rose posé sur une nappe pleine de petits personnages dessinés en jaune vif, vert pomme,  violet et rouge vif.  On a chanté  « Joyeux anniversaire » – très faux-  pour le 2e anniversaire de Maïa, la petite Algérienne.”

    Texte rédigé par Aline, bénévole de S. Egidio