Le témoignage de Mindra

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    « Je m’appelle Mindra, j’ai 46 ans et je suis d’origine roumaine du peuple rom. Toute ma famille vit depuis des générations dans une région très rurale en Roumanie dans la province de Blaj. J’ai quatre grands garçons désormais tous majeurs et je suis la grand-maman de deux adorables garçons… dans ma famille vraiment on fait des garçons. Mais j’aime bien.

    “J’étais étranger et vous m’avez accueilli
    J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger” (Matthieu 25)

    En Roumanie, je n’ai jamais été à l’école. Je sais compter, mais je ne connais pas bien l’alphabet. Dans mon  village, on n’aimait pas les roms et à l’école on était maltraité. J’ai été mariée à 19 ans avec Bogdan. Lui a fait un peu d’école. Nous sommes toujours ensemble, malgré des hauts et des bas.  J’aime ma famille, j’aime mes fils, mes belles-filles, mes petits-enfants. C’est tout mon cœur ! Mon cœur pleure si un de mes enfants est malade. Ils sont toute ma vie.

    Mon mari a travaillé dans les fermes communautaires et dans la campagne. Mais ces vingt dernières années, il n’y a plus de travail pour lui ni pour les autres familles roms. Et nous n’avons pas de maison. Alors nous sommes partis d’abord quelques mois, puis plus longtemps chercher du travail ailleurs. Nous sommes allés en Pologne (mon dernier fils Nicolae y est né). Là-bas, ils n’aiment pas les roms, mais nous trouvions des petits travaux. Puis plus rien. Alors nous sommes venus à Lausanne, car mon frère y était depuis une année. En 2011, les gens étaient très gentils avec nous. J’ai vite eu ma petite place pour rencontrer les gens et demander leur soutien. Je suis assise à Saint-François en face du Café Romand. Mon mari, lui, est content, en haut du Petit-Chêne, quand  des passants le regardent et parfois l’aide. Nous n’aimons pas être trop éloignés l’un de l’autre, nous nous protégeons.

     

    A Saint-François, je dis souvent que j’ai mes amis. Souvent, mes proches font des gros yeux : « ce ne sont pas tes amis ! ». Mais pour moi, ce sont mes amis. Il y a beaucoup de dames très gentilles. Elles me donnent un sous, elles me sourient, me demandent comment je vais, s’inquiètent quand je ne suis pas là. Depuis quelques mois, j’ai un petit chien qui me tient compagnie. C’est bon. C’est une vieille chienne, maman de beaucoup de petits chiots, très gentille. Vieille comme moi et mon mari. On ne vit pas longtemps chez les roms. Une gentille dame suisse m’a aidé pour les vaccins. Ma petite chienne a tout ses papiers ! On ne pourra pas me la prendre.

    Depuis que je suis en Suisse, j’ai connu beaucoup de personnes suisses très gentilles et je dis merci. Mon fils Nicolae qui n’était jamais allé à l’école jusqu’à 17 ans, a pu, grâce à Madame Anne-Catherine, faire un peu d’école à Lausanne et aussi une formation de nettoyage. Il a travaillé chez un paysan et aussi sur un chantier. Mais il n’a pas gagné assez pour vivre et son salaire a payé les amendes à cause des bus pas payés et la mendicité. Puis il n’a plus trouvé de travail car il n’arrive toujours pas bien à lire et écrire. Il est en France aujourd’hui avec un petit garçon qui s’appelle Armando (5 mois) qui rigole tout le temps. Bogdan et moi, on n’a pas de maison en Roumanie. Madame Anne-Catherine est venue voir. C’est un toit et des murs. On n’arrive pas avec la mendicité mettre les portes et les fenêtres. On n’a pas pu faire les sols. Cet été, on ne voulait pas rentrer au pays, même si notre neveu se mariait. Parce qu’on est trop pauvre. On a trop de dettes en Roumanie et pas de maison. Mais la mendicité, être dehors, dormir dehors c’est dur. Bogdan est très malade. Moi j’ai mal au dos. Et tout le monde me dit que je n’ai plus le droit de mendier. Alors on est parti trois semaines à Spatàc, près de Blaj, et c’était bien. On a dormi par terre comme à Lausanne, mais Bogdan a aussi dansé au mariage et ça c’était très bien. J’ai aussi pu refaire ma carte d’identité.

     

    Aujourd’hui, je suis de nouveau à Lausanne et j’ai peur. J’ai très peur. C’est plus possible de faire la mendicité. Beaucoup de gens me parlent mal. Je ne sais pas quoi faire et où aller. Mes enfants n’ont pas de travail en France. C’est pas possible de dormir chez eux.

    Mais, vous mes amis, peut-être que vous avez une idée pour nous ? Je suis Mindra, j’ai 46 ans, je vis à Lausanne depuis 2011 en face de café Romand. »


    Si vous souhaitez soutenir Mindra ou d’autres personnes dans sa situation, n’hésitez pas à nous contacter. Merci de votre aide!